As de la technique ayant développé un outil destiné aux chirurgiens orthopédistes, ingénieurs de la santé récemment diplômés, startuppers en phase de démarrage, tel est le parcours déjà impressionnant de Jonas Marchal et Marius Joly, les deux jeunes entrepreneurs derrière BIOEASE.
Jonas Marchal et Marius Joly sont décidément nés sous le signe de l’innovation ! Ils appartiennent à la troisième cohorte de la filière de l’ECAM Bruxelles en ingénierie de la santé. Durant leurs études, ils ont mis au point un outil destiné à être utilisé en salle d’opération. En 2023, ils n’ont pas attendu la fin de leur TFE pour rejoindre la 8e édition du Medtech Accelerator et pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Ils développent actuellement la première spin-off issue d’une Haute École à Bruxelles, et non pas d’une université comme c’est habituellement le cas.
Synergie entre l’hôpital et l’école
Pour les deux entrepreneurs en herbe, l’aventure a commencé alors qu’ils étaient en 1ère année de master et qu’ils ont répondu à une proposition d’un chirurgien orthopédiste d’un hôpital universitaire bruxellois.
« Le master d’ingénierie de la santé à l’ECAM se déroule en collaboration avec différents chirurgiens qui émettent des demandes », expliquent-ils. « Certaines d’entre elles sont étudiées, font l’objet de projets ou de TFE, restent dans le cadre académique, mènent à une publication scientifique, voire même à la création d’une startup comme c’est notre cas. »
Par le biais du CERDECAM (centre de recherche de l’ECAM), ils ont en effet travaillé à la conception d’un instrument très utile dans certaines interventions orthopédiques. « C’est un outil physique, un guide de coupe posé sur l’os afin de guider la lame du chirurgien pour découper l’insertion du tendon », détaillent-ils. « On ne coupe pas dans le tendon lui-même mais une baguette osseuse sur laquelle le tendon vient s’attacher. On place le guide de coupe puis le chirurgien découpe avec sa lame exactement ce qu’il veut. Des ajustements sont possibles pour s’adapter à chaque patient.e. »
Technique et business
Le projet est d’autant plus prometteur qu’il n’existe jusqu’ici encore aucune concurrence en Europe et que les dispositifs disponibles sur le marché américain présentent quelques inconvénients majeurs. Mais le chemin est encore long et très réglementé jusqu’à l’entrée du guide de coupe de BIOEASE dans les salles d’opération pour des interventions sur patient.es vivant.es. Pas de quoi décourager les deux futurs entrepreneurs qui se félicitent aujourd’hui d’avoir si tôt intégré le Medtech Accelerator.
« Son principal apport est une solide formation en matière de business qui nous manquait tant, nous qui sortions d’une école d’ingénieurs industriels et étions dans le technique à 100% » se réjouissent-ils. « Il a fallu tout reprendre à zéro car nous n’avions guère de notion de business. Nous ignorions comment monter une entreprise, évaluer la faisabilité d’une idée. Nous nous sommes ainsi rendu compte que l’application initiale n’était pas suffisante pour justifier la création d’une entreprise, que le marché était trop petit. Du coup, nous avons fait un pas en arrière. Il fallait adapter le deal à beaucoup plus d’applications différentes, creuser pour augmenter le nombre d’opérations potentiellement réalisables avec l’aide de notre outil. Mais la réglementation européenne nous limite dans l’élargissement de notre cible. Chaque outil doit correspondre à une zone anatomique donnée. Pour l’instant, nous avons trouvé le juste milieu et standardisé deux ou trois opérations en fonction de la manière dont on les définit. »
Le goût de l’entrepreneuriat
Jonas Marchal et Marius Joly se sont piqué au jeu de l’entrepreneuriat. Le premier indique : « Être chef d’entreprise était un parcours que j’envisageais déjà avant cette opportunité. Il n’a donc pas fallu me le dire deux fois pour que je saute sur l’occasion. » Tandis que le second confie : « Lors de stages à l’ECAM, j’ai pu tester différents milieux et j’ai vite constaté que ce qui me plairait le plus serait de me lancer dans l’entrepreneuriat et gérer mon entreprise. L’idée avait donc déjà germé. »
Ils n’ont du coup pas ménagé leurs efforts pour rendre BIOEASE possible : ils ont rencontré de nombreux chirurgiens, effectué un voyage d’étude aux Etats-Unis, décroché un subside proof of concept d’Innoviris et plus récemment un financement dans le cadre du programme spin-off d’Innoviris… tout en gardant le contact avec l’équipe du cluster lifetech.brussels.
« Au quotidien, le réseau et les contacts qu’on y a noués nous sont particulièrement utiles », assurent-ils. « Nous restons en relations avec plusieurs personnes rencontrées lors de l’Accelerator qui, au moindre souci, nous redirigent efficacement. Par exemple, nous avions besoin de deux parrains industriels pour candidater au subside startup. Nous avons rencontré l’un d’eux dans le cadre de l’accélérateur. »
Perspectives d’avenir
Les deux jeunes hommes prévoient de lancer leur spin off à la fin de l’année 2026, à l’issue du programme spin off d’Innoviris dont ils bénéficient actuellement, et dans la foulée d’ obtenir la validation réglementaire sans laquelle l’utilisation du dispositif est impossible. Tout cela depuis Bruxelles, capitale de l’Europe et plate-forme idéale pour s’étendre vers l’extérieur car, expliquent-ils, « les opérations qui bénéficieront de notre guide ne sont pas assez fréquentes pour que nous limitions sa commercialisation à Bruxelles et la Belgique. Notre but est de collaborer avec des hôpitaux de toute l’Europe. »


